Je suis douillette comme une poule mouillée, la seule vue d’une aiguille suffit à me faire trembler et quand je me cogne le petit orteil on entend mes braillements à l’autre bout de la ville (assez grande, je précise). Bref, c’est pas demain la veille que je laisserais mon épaule ou le gras de mon bras entre les mains d’un tatoueur, n’empêche que ce n’est pas l’envie qui manque. Outre le fait que je me dis que j’ai (un peu – déjà) passé l’âge et que, donc, ça fait mal, mes tatoueurs favoris – car j’ai bien étudié la question – sévissent outre-Atlantique. Mon récent séjour à New-York était trop court et a été organisé trop vite pour que je tente l’aventure. Mais cela m’intéresse de faire part de mes recherches, car il s’agit, finalement d’une source d’inspiration ou d’un espace de porosité entre le graphisme et la vie.

Old School versus graphic line

Avant de m’intéresser au tatouage, j’ignorais parfaitement que cette pratique avait son histoire, son évolution, ses contest, ses festivals, ses ténors, ses magazines, etc… mais comme toutes les disciplines, dés qu’on met sérieusement le nez dedans, on découvre des trésors. Je ne suis pas assez experte pour retracer l’histoire du tatouage et les différentes vagues artistiques qui s’y sont développées, mais j’ai constaté assez rapidement qu’il y avait deux grands courants principaux : le tatouage old school où le dessin est roi (ancre de marin, rose épanouie, visages de femme, phylactères et écriture gothique… pour faire vite) et une tendance plus graphique, plus contemporaine, menée pas des graphistes exerçant leurs talents sur différents supports, et qui vise à davantage de lisibilité. Si, dans le premiers courants, les dessins s’entrecroisent, se mêlent, se fondent, dans le second, le motif tatoué va être davantage isolé, afin d’être mis en valeur. Coté Old School, la couleur est de rigueur, coté graphic line, la ligne, l’aplat, le pointillé, la bichromie vont prendre le dessus. On retrouve dans la seconde tendance ce qu’on trouve dans le graphisme print ou le nouveau graphisme multimédia, un désir d’aller à l’épure, une grande rigueur et on sent, même si l’on n’est pas expert, qu’une porte vient de s’ouvrir en pays de tatoué.

Le projet de tatouage

Bien que n’ayant pas sauté le pas, je suis allée assez loin dans mes recherches pour comprendre qu’on n’envisage pas de faire réaliser un tatouage sans y réfléchir sérieusement. J’ai également compris qu’un aspirant au tatouage y perd beaucoup quand il se contente de choisir dans un catalogue un motif tout fait. Finalement, il existe dans le domaine du tatouage un distinguo similaire à celui qui existe dans la mode ; on y a le choix entre le prêt à porter et la haute couture, entre le fabriqué à la chaine et le sur-mesure. Ainsi l’aspirant tatoué aura intérêt à trouver le tatoueur dont le style, les gouts et les compétences seront compatibles avec son envie, son histoire. Après tout, ce tatouage c’est pour la vie, c’est une rencontre entre l’encre et la peau. Et dans ce domaine, mieux vaut confier sa peau à un véritable artiste qui saura exprimer quelque chose de sensible avec quoi l’on pourra vivre toute sa vie. Parmi ces artistes, certains ont particulièrement retenu mon attention.

Des tatoueurs, des graphistes, des artistes

Il regroupe plusieurs tatoueurs extrêmement doués ; Duke, Liam, MxM et Sue. Je m’intéresse ici au second et au troisième.

MxM (Studio East River Tattoo)

On notera sur la première image les passage entre le style old school et le style plus graphique représenté par l’origami. La confrontation des deux styles peut porter à discussion. Je trouve personnellement intéressant d’aller aussi loin et d’assumer dans son corps, l’histoire d’une discipline dont on se fait, corporellement le curateur.

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Ian Levin

Ian Levin s’inspire essentiellement de la gravure. J’aime particulièrement le combat des deux renards. Ce motif un peu mystérieux qui semble trouver sa source dans un conte pour enfant. La relecture, tout en traits et micro motifs aérés de l’ancre marine est à la fois amusante, touchante et documentée ; elle prend sa source dans la tradition du tatouage de marin, mais renouvèle le genre.
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Valentin Hirsch

Chez Valentin Hirsch, le travail du trait s’inscrit dans une rigoureuse géométrie qui n’exclut pas une relecture des motifs traditionnels (ours, loups, baleines, etc…) et/ou de la gravure. Le grand losange reprend le motif de la pièce de couturier et m’a fait penser au tueur psychopathe du silence des agneaux, réalisant sa robe de peau de femme… Ca fait froid dans le dos, mais la réalisation est très belle. et tout le monde heureusement n’aura pas de pensée aussi lugubre en le regardant (sauf après m’avoir lu – ah eh ben pardon hein !)
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Liam Sparkes (Studio East River Tattoo)
Comme Valentin Hirsch, Liam Sparkes trouve son inspiration du coté de la gravure.
Son travail est phénoménal et son site une mine inépuisable. Qu’il explore les volumes (avec un traitement des dégradés tout en finesse) ou les figures traditionnelles du loup et de la baleine, il touche dans le mille à chaque fois.
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Marcin Aleksander Surowiec

Ce tatoueur d’origine polonaise mixe de façon très riche et passionnante le dessin à l’ancienne et le style graphique contemporain. On notera ici l’usage de la bichromie bleue/rouge qui n’est pas sans faire penser à notre bon vieux stylo quatre couleur bic !
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En France

Dwam

J’ai trouvé peu d’exemples en France de cette nouvelle école. Je cite cependant et c’est tout de même encore assez rare cette jeune femme qui a un très très joli trait. Si je me décide à sauter le pas, c’est probablement vers elle que j’irais.
Dwam

Et vous ; prêts à sauter le pas ?
D’autres tatoueurs dont le style approche de celui-ci ?

Pour en savoir plus

– le site du studio East River Tattoo
avec les pages consacrées à Liam Sparkes et à MxM
Toutes les photographies proviennent de leurs différents sites et les copyrigths sont bien sur leurs propriétés.