Soulages peintre.

Dans des salles d’un blanc immaculé, les tableaux de la première période ; géométrie, formes et matières. Il y affleure toujours un bout du support d’origine, toile, papier ou bois. C’est ce morceau restant, ce résistant, qui m’émeut le plus.

Dans les périodes suivantes, la peinture s’épaissit, s’élargit, le noir occupe tout l’espace en largeur, en hauteur, en profondeur. La toile disparait complètement. La taille des toiles augmente aussi, ce qui fait qu’on est de plus en plus absorbé par la couleur. Dans une salle entièrement noire, trois tableaux noirs. Trois visions d’un noir profond. L’accrochage de cables fait flotter les toiles.
A partir de cette salle, les tableaux se sont détachés du mur. Ils flottent, parfois dos à dos et alors, on tourne autour, comme des satellites autour de trous noirs. Il y a un vrai plaisir à marcher le long de la toile en arpenteur et laisser l’oeil glisser le long des reflets changeants de ce noir toujours plus intense, plus ou moins coloré, plus ou moins mat ou brillant, plus ou moins lisse ou strié. A certains endroits, l’œil capte une boursouflure, un éclat, une bulle, une imperfection. L’émotion va se nicher dans ce détail…

La peinture de Soulage supporte mal la reproduction ; imprimée elle est objet graphique, réelle elle est objet sensuel. On voudrait la toucher, la manger, l’expérimenter physiquement d’encore plus près.

De temps en temps sur le mur, une phrase de l’artiste et l’une d’entre elles qui répond à la question « pourquoi le noir (…) Parce que ».

SOULAGES – Centre Georges Pompidou – du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010.

SOURCES Ministère de la culture, L’express