Il est un arbre dont il faut tailler les branches. Il est un vieux chêne qui bourgeonne encore. Il faut entretenir ce corps qui tombe, qui ploie, qui perd feuilles et branches, dont la sève est toujours vive. Nous posons sur lui des mains aimantes. Nombre de femmes s’activent autour de lui, chaque jour. Pour le vêtir, pour le nourrir, pour le coucher.

La chambre est le lieu du soin. Espace étroit, horizon borné qu’il peuple de ses fantasmes. Il voit toutes sortes de choses que nous ne voyons pas et presque constamment, il faut lui dire « ce n’est pas réel papy, c’est dans ta tête ».

Il voit des manifestants partout. Toute sa vie de militant remonte et est convoquée dans la chambre. Et tandis qu’on coupe, rase, lave, habille, soigne, masse, nourrit, il raconte les silhouettes qu’il croit entrevoir et les scenarii que son imagination lui propose.


Ce texte fait partie d’une série, publiée à la manière d’un feuilleton sur Chronotes.
Vous pourrez lire l’ensemble de ces textes dans la catégorie « Le Veuf et l’inconsolée »

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