Récemment, j’ai redécouvert un de mes travaux que j’avais presque oublié. En 2004, j’ai commencé un travail photographique sur mon grand-père, avec un appareil numérique de moyenne qualité. Très vite, c’est devenu un travail sur le deuil et j’ai trouvé le nom de ce projet « Le veuf et l’inconsolée ». J’en ai fait une petite vidéo que je n’ai jamais montrée. Grâce aux membres du collectif photo « Le carton » qui m’ont fait redécouvrir la photographie argentique et surtout le moyen format, j’ai poursuivi ma série avec un Bronica Etrsi 4,5×6. C’est un appareil très lourd, très beau et qui a un piqué très particulier. En 2008, ma mère est morte à son tour et je me suis occupée de mon grand-père. Il habitait à 550 kilomètres et j’y allais tous les mois. Je ne voulais pas l’éloigner de ses racines, de ses amis car il en gardé beaucoup et longtemps. J’ai adoré mon grand-père, petit à petit, devenu mon enfant. J’ai du vendre sa maison, qui tombait en ruines, une jolie maison au fond d’une impasse, dans une ville du bord de mer. Il est mort en décembre 2015. Il allait avoir 99 ans.

Ce jour-là, je lui avais amené du Lilas de son jardin. Il était radieux de me voir. Toute sa bonne nature est dans cette photo. Il ne voyait plus rien. Au moment de cette photo, je lui disais « ouvre les yeux papy ! » et il les clignait davantage en disant, « mais je les ouvre là ! » et il rigolait. Il était très sourd aussi et il avait des mots tellement poétique parfois. Il disait « Tu me chavires ».