Ceux qui suivent ce blog, ou mon travail, ou les deux (Bref, mes amis quoi !) savent que j’ai consacré pas mal d’années à monter un projet appelé This is The Mercy. Il s’agit d’un projet photographique consacré à la première course en solitaire à la voile autour du monde, sans escale et sans assistance passant par les trois caps autour du Pôle Sud. En 1969, cette course s’appelait la Golden Globe Race et c’est l’ancêtre du Vendée Globe.

Cette année-là, neuf navigateurs ont pris le départ. Ils pouvaient partir du lieu de leur choix et à la date de leur choix. À l’époque, il n’y avait pas de GPS, pas d’informatique embarquée, les communications étaient compliquées, capricieuses ; quand on naviguait en solitaire, on était vraiment profondément seul. Sur les neuf participants, un seul (Knox-Johnston) a réellement fini et gagné la course. Tous les autres, ont, pour une raison ou pour une autre, quitter l’aventure. Certains ont connu des avaries durant des tempêtes, d’autres ont été malades. Bernard Moitessier a pris la décision (qui l’a rendu célèbre) d’abandonner la course et de rester en mer ; il a écrit un sorte d’anti-SOS : « je continue de naviguer pour sauver mon âme » a-t-il écrit en substance, sur un bout de papier qu’il a lancé avec un lance-pierre sur le pont d’un cargo qui passait par là. Il a erré 3 ans sur les océans et n’est jamais revenu à son point de départ.

Durant cette course, l’un des navigateurs parmi les moins expérimenté a davantage attiré l’attention que les autres. Il s’agit de Donald Crowhurst, disparu en Atlantique-Nord en juillet 1969, après avoir erré plusieurs semaines sur les côtes du Brésil. Tandis que les autres navigateurs étaient aux prises avec les quarantièmes rugissants ou les cinquantièmes hurlants, lui, bataillait avec un bateau mal armé, défectueux, qu’il maitrisait mal, et pour lequel il s’était littéralement ruiné. C’est cette menace de ruine complète, totale et inéluctable qui l’a poussé à remonté avec les autres sur la route du retour en faisant croire qu’il avait fait le tour du Pôle, ce que bien sur, il n’avait même pas essayé de faire.

Jacques Perrin a produit (et joué dans) un film à son sujet « les Quarantièmes rugissants » que, pour une raison que j’ignore, il dit ne pas aimer. Tacita Dean, une artiste américaine dont j’ai déjà parlé dans ce blog, s’est intéressée en particulier à son bateau, le Teignmouth Electron, dont les mésaventures ont continué bien après le décès de Donald Crowhurst. Vendu à un jeune couple après avoir été remorqué, il a connu plusieurs typhons, on l’a dit hanté, puis il a été abandonné sur une plage de Cayman Brac, où il achève encore aujourd’hui de se détruire et de se décomposer. On peut apercevoir sa silhouette sur Google Earth, mais elle s’efface d’année en année.

Il va donc y avoir un biopic sur Donald Crowhurst. Est-ce là une manière de revanche pour ce loser magnifique ? ou une ultime défaite ?

J’ai passé tellement de temps avec ce personnage que j’ignore si je vais apprécier de le voir incarné par Colin Firth, un acteur que j’aime pourtant beaucoup et qui campait un très bègue Georges VI, dans le « Discours d’un Roi » et un non moins très british agent secret dans le délectable « Kingsman ».

Quelques images en avant-première sur le site du Daily Mail.
Ca vous parle ? Vous irez le voir ?