J’ai finalement opté pour le titre « This is the Mercy ». Il s’agit des derniers mots écrits par Donald Crowhurst dans son journal de bord et ils résument assez bien quoique d’une manière intraduisible en français l’ensemble de ce projet, l’ensemble de leur projet, l’ensemble de la course. Je pensais que j’en avais (presque) fini avec ce travail, qu’il touchait à sa fin, mais en réalité, c’est plutôt comme s’il m’avait permis d’ouvrir une nouvelle porte. Une porte donnant sur une obsession. Je me rend compte que je n’en ai pas fini avec ces formes, ces paquets de mer, ces bouts de papiers imprimés. Je pensais qu’ils n’appartenaient qu’à « Mad&Mercy/ThisIsTheMercy » (quelque soit le nom que j’ai pu lui donner) à ce projet seul ou encore, qu’ils n’étaient qu’un prétexte, qu’un outil, mais je pense finalement qu’ils sont plus que cela. Ils sont de la matière. Comme de la terre à sculpter. Comme de la pellicule à exposer. Comme de la peinture… Et je n’en ai pas fini avec eux…

Ainsi ce projet qui était un sujet est devenu le travail d’une matière.
Je ne peux pas dire que le sujet n’a pas ou plus d’importance ; je n’ai jamais autant pensé à mes navigateurs, au contraire. Mais je fais corps avec cette mer de papier… Je finis par leur ressembler. Mais il n’y a que moi qui le sais… Je me sens secouée et bousculée, essorée comme ils l’ont été. Je traverse les mêmes tempêtes.

Une traversée, sans escale, sans assistance, par les trois caps, autour du monde.
Ils avaient leurs bateaux.
J’ai un projet.